Discussion avec Fo Logozo et Sergent Markus

Rencontre-Discussion du Centre : Figures du mouvement Hip Hop en République du Bénin, Sergent Markus & Fô Logozo

Le Centre Art et Culture de Logbozounkpa a accueilli dans la soirée du 18 novembre 2020 une rencontre-discussion s’inscrivant dans le cadre de l’exposition Street Art ‘’Carte Blanche’’ autour de deux figures majeures du mouvement Hip Hop en République du Bénin, Sergent Markus et Fô Logozo. Axée sur plusieurs massifs, les panélistes ont entretenu le public de cette vesprée, constitué d’amateurs du Hip Hop, de journalistes culturels, de critiques, et de néophytes sur diverses problématiques inhérentes à l’histoire de la musique urbaine béninois, ainsi que les tendances afférentes au mouvement Hip Hop comme le breakdance, le slam, et le graffiti.

Jouer des mots pour traiter des maux

« Les thématiques dans le rap ne varient point. Ce qui peut varier, et inscrire une musique rap au rang de classique est sans nul doute les angles de traitement des thématiques, et la poétique qui affluent des textes. Je dis poétique, parce que le rap aurait pour vocation première de poétiser les malheurs comme les bonheurs », affirme Sergent Markus, slameur, et animateur, mais aussi un des pionniers du mouvement Hip Hop en République. « On traite de plus en plus de sexe, et ce, vulgairement dans maintes créations musicales Hip Hop au Bénin. Peu de gens le savent mais mon texte de slam intitulé ‘’Ma plume et moi’’ en dit plus sur la sexualité qu’un texte dans lequel cette problématique est abordée sans élégance. Parler de sexe dans l’élégance dénote de la poésie urbaine », poursuit-il.

En effet, si le rap béninois dès ses prémices a su adapter les codes du rap classique au contexte africain par le truchement des crew comme Sakpata Boy, H2O Assouka, ou encore Ardiess, il n’est demeure pas moins qu’il tend à perdre cette endogénéité au profit d’une naijanisation de la scène urbaine béninoise. Fô Logozo, fervent défendeur du rap endogène béninois, membre fondateur du groupe Ardiess, et pionnier du rap fongbé soutiendrait cette doxa. Après une bride historique de son parcours artistique, le rappeur et compositeur béninois a fait montre d’une extrême précision dans son récit en dévoilant quelques anecdotes qui ont construit l’histoire du rap au Bénin. « Le rap béninois n’est pas mort. Les marques identitaires qui en émanaient depuis les années 1990 ont contribué à sa singularité, et l’ont hissé au rang de scène majeure dans la sous-région ouest africaine. Jusqu’en 2015, le festival HKH promeut par le groupe Ardiess était un des plus grands évents Hip Hop du monde francophone africain. Pendant 15 ans il a fait du Bénin un des pays phare du mouvement Hip Hop africain. Loin de se limiter à de simples réminiscences, il faudra œuvrer à la préservation de cet héritage, et laisser quelques de tangible à la génération future » confie Fô Logozo.

Rapport entre le rap, et les autres tendances du mouvement Hip Hop béninois

Le graffiti en République du Bénin comme fait artistique résulte des workshops initiés par le groupe Ardiess dans le cadre des festivals HKH. Il connait depuis quelques années un essor fulgurant avec l’initiation d’un festival de graffiti, Effet Graff, qui l’inscrive davantage dans le champ des pratiques artistiques contemporaines béninoises. «C’est un plaisir de constater l’ampleur que le phénomène du graffiti a pris au Bénin depuis quelques années. Je pense que nos ateliers de formation en graffiti à l’Institut Français de Cotonou pour le compte des festivals HKH ont contribué à dynamiser l’évolution de cette pratique » soutient Fô Logozo. « On aurait même l’impression que les graffeurs, et autres street danseurs ont plus d’opportunités actuellement au Bénin que les rappeurs. Il faudrait penser à la construction d’une réelle culture Hip Hop inclusive, qui devra se constituer ses propres canaux de diffusion, et de réception » souligne Sergent Markus.

Et comme pour matérialiser le rapport étroit que devrait entretenir les différentes pratiques du mouvement Hip Hop béninois entre eux, un happening mettant au prise un beatboxer, un breakdancer, et des rappeurs, dont Fô Logozo et Sergent Markus va clôturer cette soirée de rencontre-discussion.

 

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