Acte II. EspÇrance, L'attente n¯1, 204x 94 cm, Peinture (huile sur toile), 2019, Charly d'Almeida, CrÇdits photo Charles Placide

Les murs ont des oreilles dans le théâtre de nos demeures.

« La maison est, bien plus qu’un abri matériel, la façon dont un groupe se pense et s’inscrit dans l’espace » Jean-Paul Demoule.

Portrait Charly d'Almeida, CrÇdits photo Charles Placide / le théâtre de nos demeures L’exposition «Le théâtre de nos demeures », consacrée au plasticien béninois Charly d’Almeida, questionne les humanités, les réalités humaines dans leur complexité, et les effets spectaculaires qu’elles peuvent prendre. Elle joue de la permanence de nos demeures pour souligner le rôle du cercle familial dans la construction des valeurs cultuelles, culturelles, et sociétales de l’Homme. Cette exposition, dont le vernissage a eu lieu le jeudi 05 novembre 2020 au Novotel Cotonou Orisha, se poursuit jusqu’au 06 février 2021, et marque l’acte I du projet Nov’art.

Le théâtre de nos demeures : Interroger des humanités…

Le terme humanité « sert à désigner à la fois la totalité des individus appartenant à l’espèce humaine mais également les caractéristiques spécifiques qui définissent l’appartenance à ce groupe ». Sous le prisme de la de la biologie, ce vocable a trait à une différenciation entre l’homme, et l’animal. Ne dit-on pas que le rire est le propre de l’homme ? L’homo sapiens que nous sommes est ainsi capable d’émotion, de conscience de soi, de sensibilité à la douleur, d’agression, de langage articulé, d’écriture, de croyance, de comportements altruistes, de se conformer à des principes moraux, de se laisser aller aux plaisirs de l’art, et de l’esthétique, de questionnements nouméniques, et d’organisations sociales qui tiennent lieu de socle architectural : l’humanité vit, disparaît, et se reconstruit suivant les âges, et l’évolution des mœurs.

Acte I. Devoir de Mémoire, Le théatre de nos demeures, 304x 84 cm, peinture (huile sur toile), 2020, Charly d'Almeida, Credits photo Charles Placide
Acte I. Devoir de Mémoire, Le théatre de nos demeures, 304x 84 cm, peinture (huile sur toile), 2020, Charly d’Almeida, Credits photo Charles Placide

De même, dans le souci temporel de permanence, les êtres humains ont-ils construit des maisons, des demeures, marquant leur territoire pour l’éternité. La maison devint ‘’toilette’’ pour chacune des humanités, un objet externe imbu du désir de construction de ses intériorités. L’anthropologue français Claude Lévi-Strauss concevait la notion de maison comme un : « héritage matériel et spirituel comprenant la dignité, les origines, la parenté, les noms et les symboles, la position, la puissance et la richesse ». Elle est la demeure par essence où sont enseignés les codes, et normes sociétaux, en référence à la transmission d’un patronyme, ou d’une certaine « noblesse » empreinte du langage de la parenté.

Loin de se limiter à un toit, des murs, une porte, des fenêtres, une cheminée, la maison peut être un instrument de représentation dans lequel se joue des drames, des comédies, au gré des acteurs, et des spectateurs dont les discours oscillent entre tragédie, et psychologie. Ainsi, la demeure sbire à une ode théâtrale, dénote-t-elle de la tendance essentiellement humaniste dont se pare la production plastique de Charly d’Almeida. En effet, la polysémie du terme « théâtre » est prétexte à diverses dé-contextualisations suivant les situations, et/ou évènements qui construisent nos quotidiens. Le théâtre désignant une forme d’art, un genre littéraire, et une construction architecturale peut aussi suggérer d’autres problématiques intimement liées à un cadre socioculturel : la maison. A considérer la maison, la demeure comme un réseau métaphorique théâtral, on serait d’emblée enclin à s’interroger sur les éléments visuels, et auditifs entrant dans sa mise en scène.

Acte I. Devoir de Mémoire, Les discours, 136x 126x 16 cm, sculpture (assemblage de métaux), 2019, Charly d'Almeida, Credits photo Charles Placide / le théâtre de nos demeures
Acte I. Devoir de Mémoire, Les discours, 136x 126x 16 cm, sculpture (assemblage de métaux), 2019, Charly d’Almeida, Credits photo Charles Placide

Ce que nous ne voyons toujours pas?

Entre les murs de nos pénates, se meuvent des silhouettes humaines, soliloquant dans un tohu-bohu infernal, se mirant dans les miroirs de leurs quartiers… La subtilité dont fait montre ces silhouettes anamorphes, la candeur de leurs gestuelles, et le mystère qui semble s’en émaner dénotent de la discrétion qu’elles savent importante. Car voyez-vous, les murs ont des oreilles chez eux, ils écoutent, épient, s’interrogent sur les comparses des scènes qui se représentent bien souvent dans leurs quotidiens.

Ce que nous ne voyons pas toujours, c’est, la peine qui se reflète dans les yeux d’une femme qui accourent pour aller au marché, la réjouissance d’un fils félicité par son père, la profondeur du rire narquois d’un vieil homme qui se sait ‘’sage’’, la rigidité des règles de convenances d’un noble jeune-homme, la fierté d’appartenir à un cercle familial… Ce que nous ne voyons pas toujours, c’est, l’influence des référents traditionnels dans la construction de la personnalité/des mœurs des humanités, l’importance des réalités de nos terroirs dans l’essor de nos sociétés, la manière théâtrale par le biais de laquelle se sculpte les Hommes de demain….

Acte II. Espérance, Les Marcheurs, Peinture (huile sur toile), 187x 97 cm, 2019, Charly d'Almeida, Credits photo Charles Placide / le théâtre de nos demeures
Acte II. Espérance, Les Marcheurs, Peinture (huile sur toile), 187x 97 cm, 2019, Charly d’Almeida, Credits photo Charles Placide

Telle une archéologie des vernaculaires africains en général, et béninois en particulier, les œuvres de ce récit artistique nous convient à explorer, en filagramme, les notions de mystère, d’équilibre, de déséquilibre, d’humeurs, de traces, de stigmates, de conscience, de culture, et de legs.

Steven Adjaï

Laisser un commentaire

Shopping Cart