Visuel Vootoon Festival 2019

Le Vootoon Festival ou Comment Réinventer Le Troisième Art Béninois

Quels que soient ses médiums d’expressions, le dessin béninois donne à découvrir des œuvres picturales dignes de portée, d’intérêt et d’émotions. Essentiellement parce qu’il est devenu, la matière première d’une poésie des formes, des reflets, des couleurs, qui s’engage et réinvente l’imaginaire béninois. C’est pourquoi, à la Place des Martyrs de Cotonou, se tient chaque année, la célébration annuelle de cet art visuel, baptisée ” Vootoon Festival “. Cette année, crayons, pinceaux, peintures, projections et musique y ont encore communié. Et cela, selon une volonté inlassable de partage, un souhait de mobilisation et un désir de reconsidération particulière du dessin animé béninois. Décryptage !

Des atouts qui valorisent le Vootoon Festival

Ce qui fait de ce festival, l’un des plus représentatifs des arts visuels à Cotonou, c’est qu’il repose sur des piliers cohérents depuis plusieurs années.

Il y a d’abord, cette capacité de communication significative qui lui ajoute un intérêt supplémentaire et un branding valeureux. En effet, le Vootoon Festival ne se contente pas d’une présence digitale, devenue l’apanage de la plupart des événements culturels (choix délibéré ou option liée aux manques de financement grandissants ?). Il distille la ville et ses points saillants de panneaux et d’affichages grandeurs nature. Un atout indéniable qui prépare les amateurs de dessin, installe une crédibilité dans l’imaginaire collectif et suscite une volonté à converger vers l’espace dédié au déroulement du festival.

Il y a justement, ensuite, cet attachement renouvelé pour l’une des places historiques du Bénin – La Place des Martyrs – qui participe à la fois d’un salutaire hommage et (peut-être inconsciemment) d’un ambitieux (ô combien judicieux !) appel à repenser l’utilité ou l’utilisation de nos espaces à teneur symbolique.

Aperçu du décor du Vootoon Festival 2019
Aperçu de la Place des Martyrs lors du Vootoon Festival 2019

Il est possible également de percevoir ce choix du festival (qui n’est d’ailleurs pas le seul événement culturel ou artistique qui permet de le sous-entendre), comme un appel à rénovation urbaine de cette place, en s’efforçant à conserver certains repères identitaires. Encore faudrait-il que nos institutions étatiques s’y intéressent pour cerner toute la portée de ces interpellations !

Quoi qu’il en soit, il convient de reconnaitre que le fait de solliciter régulièrement ce lieu d’affluence, énormément visité, ancre l’événement dans un esprit de popularisation, dans une vision de quête de popularité et dans une intention de mise en lumière de ses artistes au-delà des cercles spécialisés. Ce qui contribue évidemment à signifier dans la conscience de tous, que l’intention du festival, c’est de faire en sorte que le dessin béninois, la bande dessinée et désormais le dessin animé béninois ; soient davantage destinés à toucher la masse béninoise, et à sortir de sa séculaire perception préférentielle de ne toucher qu’un public dit de connaisseurs.

Aussi, il faut prendre en compte, la tenue avant, pendant et après le festival d’expositions d’artistes dessinateurs, avec des toiles qui ne sont rien d’autres que leurs planches achevés pour servir à priori dans des contextes différents. Ce qui reconfigure indéniablement dans le regard des uns comme des autres, le rapport au dessin béninois. C’est dire qu’il semble dorénavant prêt chez nous au Bénin, à s’étendre sur d’autres supports que ceux dont on a eu l’habitude jusqu’ici ; et à aller décorer les murs de somptueux cadres tels que l’Institut Français de Cotonou ou la Galerie contemporaine des Diasporas. De quoi permettre de faire comme un teasing ou d’initier une sorte d’after qui entretient ou conserve la mémoire des expositions sur la durée.

© Visiteurs lors de l'exposition Tchi Tcha Vi Racine des Pixels à L'Institut Français de Cotonou/Vootoon Festival
© Visiteurs lors de l’exposition Tchi Tcha Vi Racine des Pixels à L’Institut Français de Cotonou/Vootoon Festival

Enfin, le Vootoon Festival, c’est aussi cette astucieuse ouverture à d’autres genres artistiques (musique par exemple), que l’on peut considérer, comme stratégique. Non seulement parce que l’organisation s’appuie sur des artistes connus ou en vogue pour animer ses soirées d’entame et/ou de clôture, mais aussi parce que ceux-ci en profitent pour élargir leur cercle de valorisation (chaque genre artistique ayant en général son public afféré).

Il faut mentionner aussi ce concours de détection, consacré, à repérer, primer, et booster une relève créative, novatrice et déterminée. L’on y voit un élan de transmission au destin voué à ne plus être modeste. Surtout, quand on se prend d’intérêt pour le standing des partenaires présents sur le festival et pour la valeur des récompenses qu’ils offrent aux gagnants-tes. De ceux qui d’une édition à l’autre, restent, à ceux qui rejoignent la barque animée de l’aventure, on perçoit une confiance, qui s’installe, et une identification de sérieux dans l’organisation qui motive.

C’est pourquoi, nous sommes certain que dans le futur, le Vootoon Festival deviendra très vite un événement de plus en plus côté.

L’heure du dessin animé made in Bénin a sonné

La particularité de cette quatrième édition, reste l’ouverture au dessin animé béninois. Un genre qui s’érige sobrement prometteur d’autant plus qu’il conduit déjà à l’international (Afrique du Sud, ndlr) des artistes comme Odilon Assou.

Odilon Assou au Talents Durban 2019
Odilon Assou au Talents Durban 2019

Cela témoigne à quel point le choix du Vootoon Festival se veut judicieux, mais plus encore, peut susciter un plus de vocation auprès d’autres jeunes. Le message fort que lancent ainsi les organisateurs du festival, c’est qu’il existe désormais un canal de promotion du dessin animé béninois. Raison de plus pour en produire, pour inciter une nouvelle vague de talents, à s’y intéresser et pour espérer son apparition dans nos médias.

Cela passera certainement par l’utilisation de nos réalités comme socle de création. Cela passera certainement par le devoir de se servir des références (politique, culturel, social ou d’autres ordres) du pays pour construire des personnages capables d’être adopté dans quelques années, par le public infantile (voire au-delà) béninois.

Ce qui reste certain, c’est que cet hommage, est annonciateur de beaux lendemains pour le dessin animé béninois au Bénin.

Converger pour mieux valoriser le dessin (animé) béninois au Bénin

Si de toute évidence à cette édition, se sont rencontrés plusieurs disciples et adeptes du dessin (animé), il convient de notifier également, que ce fut l’occasion pour des visions hétéroclites, des démarches tout aussi ambivalentes qu’éludées, de se confronter. Non pour s’opposer, mais pour s’enrichir.

Un peintre en pleine création pendant le Vootoon Festival
Un peintre en pleine création pendant le Vootoon Festival

En effet, il faut reconnaître qu’elles étaient essentiellement mues, par l’envie de se découvrir mutuellement, de se rendre compte des particularités de l’autre à creuser pour ré-envisager son processus créatif, pour s’éprouver soi-même. De quoi se dégage, une notion de complémentarité, d’échanges, de brassage, de fusion, et de mise en avant de soi, digne d’apporter un plus à un secteur combien restreint mais tellement vivant, et en plein mouvement.

Et justement si, cette quatrième (4ème) édition, s’est davantage démocratisée, dans sa vision d’implication des autres composantes des arts (visuels), c’est sans doute aussi parce que Constantin Adadja et son équipe ont voulu consolider l’idée du dessin comme point focal, ou transversal de plusieurs techniques actuelles.

© Ligne de T-shirts Vootoon by Lolo Andoche
© Ligne de T-shirts Vootoon by Lolo Andoche

On comprend de fait, cette diversité des manifestations ayant meublé la quatrième édition. Entre expositions, performances dessinées et de peintures. Ou encore conférence débat, ventes d’œuvres d’arts visuels, marché de bandes dessinés (livres). Puis créations visuelles digitales, projections, prestations musicales. Et même une ligne de t-shirts imaginée pour le festival et sortie sous l’effigie du célèbre styliste Lolo Andoche spécialement.

De quoi favoriser, une émergence progressive et conjointe. Puis, de composer un réseau dense fait de curiosité mutuelle, qui permet de découvrir une large palette de talents.

Un directeur perspicace, une dynamique visionnaire

Le Vootoon Festival bénéficie d’un directeur audacieux et ambitieux. Qui évolue quelque peu à la marge des regards populaires, mais avec autant de sérénité que d’assurance. Alors que l’art qu’il défend se veut au départ de la quasi-totalité des familles béninoises (à travers les enfants) ; Constantin Adadja ne se lasse pas de réinvestir les consciences par des présences médiatiques presque pédagogiques. Comme pour travailler à une éducation du public à la consommation artistique des travaux locaux.

Constantin Adadja - Directeur du Vootoon Festival
Constantin Adadja – Directeur du Vootoon Festival

Ainsi, il construit au détour des années, un rythme, une constance, une persévérance, autour du Vootoon Festival. Ce qui installe une crédibilité et une proximité durable. A la fois, aux yeux des populations de plus en plus friandes. Aux yeux des investisseurs de plus en plus nécessaires. Et des acteurs eux-mêmes clairement en quête d’existence, et de cadre de valorisation de leurs créations.

Ainsi, durant un événement dont la trame sait se métamorphoser, il parvient à s’allier sur le temps, à un lieu d’historicité. Capable de se revendiquer dorénavant tel un carrefour de curiosités, et un réceptacle de tous les arts. En même temps qu’il réussit à fédérer, malgré le contexte d’hésitation qui règne, des institutions qui s’engagent promptement. Un tout qui permet de proposer au public une expérience éclectique. Permettant de défendre le dessin (animé), et la bande dessinée du Bénin, sous des allures et allants contemporains.

On pourra à présent espérer que les institutions étatiques, hautes de leur capacité à attirer l’attention, s’implique financièrement. Non seulement, pour stratégiquement valoriser autrement la Place des Martyrs, ce lieu d’attractivité de la ville de Cotonou. Mais aussi pour entrer davantage en synergie avec le Vootoon Festival.

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