Lionel Attere – Le Caméléon Des Arts Visuels

A l’origine, Lionel Attere est peintre, et dessinateur. Mais son goût du pinceau n’a ni résisté à l’envie du renouvellement, ni à la curiosité de découvrir d’autres horizons picturaux. Ainsi, il ajoute à ses compétences, la réalisation sur le corps d’oeuvres au ton empreint de réalisme, et de diversité. Son approche est à la fois transversale, colorée, provocante, et/ou tribal. De sorte à mettre en valeur l’identité culturelle africaine, la force et la beauté de nos tracés ou symboles ancestraux. Rencontre donc avec un touche-à-tout progressiste et contemporain !

© Photo by Harry Johnson – Body-Painting by Lionel Attere

© Photo by Harry Johnson – Body-Painting by Lionel Attere

ATILEB’ART : Pour ceux qui ne connaissent pas : c’est quoi le Body-Painting ? De quoi retourne cet art visuel urbain ?

LIONEL ATTERE : Le body-painting est littéralement l’art de la peinture corporelle. C’est un art qui consiste à peindre une oeuvre d’art en se servant du corps humain comme support. Dès lors, le corps devient la toile de la peinture. Donc, l’oeuvre et le corps ne font plus qu’un de sorte que le corps soit souvent indiscernable de l’oeuvre. A l’origine le body-painting c’était pour s’identifier à une tribu ou se camoufler pendant les batailles. Cela servait aussi à marquer son corps pour signifier à la communauté un état de grossesse (actuellement ce type de body-painting est appelé Belly-painting ou encore Art prénatal, ndlr), de deuil, ou un rituel initiatique. Il s’agissait également parfois de parure, simplement dans un cadre de séduction ou de célébration de soi. C’est vous dire à quel point, nos ancêtres à l’époque, avaient déjà très tôt compris la nécessité de concilier les deux entités corps et nature. Et pendant que nous on se sert de plus en plus de peintures et autres ; eux faisaient usage d’un peu de tout : comme l’ocre, l’argile, les baies écrasées, du charbon ou encore de la terre colorée. C’est sans doute parce qu’ils le faisaient pour d’autres raisons que nous. En tout cas, nous on s’en sert principalement pour son aspect artistique, voire ludique.

« Je laisse donc le corps m’inspirer, m’interpeller, me communiquer son énergie et son désir (…) »

© Body Painting by Lionel Attere

© Body Painting by Lionel Attere

ATILEB’ART : Comment décides-tu, de ce que tu vas représenter sur les corps ? Tu le définis avant ou c’est la rencontre du corps qui te dicte ce que tu dois faire ?

LIONEL ATTERE : Très souvent, c’est le corps qui me dit ce qui devrait lui convenir. Les contours, les lignes, les courbes, les muscles, l’allure et les différents détails qui constituent le corps que j’ai en face de moi déterminent ce que je vais décider de faire. Je laisse donc le corps m’inspirer, m’interpeller, me communiquer son énergie et son désir. J’écoute l’appel du corps, et je me connecte avec lui (spontanément ou longuement) pour arriver à y laisser ma marque artistique. Au final, c’est lorsque le corps du modèle et moi, on arrive à s’entendre (et je fais toujours en sorte que ça soit le cas) que je me mets à peindre le dessin qui lui correspond, et qui nous convient à tous les deux. A chaque corps sa peinture.

© Body Painting by Lionel Attere

© Body Painting by Lionel Attere

ATILEB’ART : Au-delà du Body-Painteur, Lionel ATTERE c’est une multifacette : également dessinateur, et peintre. Comment parviens-tu à concilier ces trois médiums dans ton travail ?

LIONEL ATTERE : En expérimentant. Et en faisant en sorte de bien planifier les choses. Je programme mon travail artistique dans chaque discipline, l’un après l’autre. Et j’interviens dans chacun de ces domaines au moment où j’en sens la nécessité et quand je suis sollicité. Après, tout est question de discipline, de rigueur, et de curiosité. L’avantage avec moi c’est que je m’exerce beaucoup à différentes techniques d’art. Et si je touche à tout, c’est pour parvenir à trouver comment allier tout ça pour aboutir à un résultat de travail mixte, et nouveau. C’est vrai que cela nécessite assez d’énergie et d’engagement. Mais je sui rempli d’assez de passion pour oser continuer, et aller aussi loin que j’ai envie.

Dessin de Lionel Attere - Djimon Hounsou

© Dessin by Lionel Attere – Djimon Hounsou

ATILEB’ART : En quoi l’un ou l’autre nourrit l’un ou l’autre de ces facettes ?

LIONEL ATTERE : En vérité c’est assez simple : ils ont tous un point commun c’est le dessin ! C’est donc le dessin qui nourrit toutes les autres facettes en servant de point de départ, et de lien d’ancrage avec le résultat visuel que je cherche à obtenir à chaque fois que je me lance dans une création.

ATILEB’ART : Tes travaux sont pour l’essentiel, vifs, colorés et pétillants. Que recherches-tu à travers cette vivacité ?

LIONEL ATTERE : Belle remarque ! Je cherche avant tout : la vie ! Parce que c’est d’elle que surgit tout le reste. Alors, partant de cette notion-là, de ce souffle-là, je cherche à communiquer de la joie, l’envie de profiter de l’existence, le plaisir de se rendre compte à quel point ce qu’on voit est fait d’éclat de beauté. Ensuite, je dirai que je cherche à saisir l’attention des gens dès le premier regard. Et qu’à partir de cela, se crée le contact de questionnement, d’observation plus profonde. Par ailleurs, c’est aussi ma façon de dire, d’exprimer, de faire voir, mon africanité. En tout cas, ce que je considère être ma part d’Afrique : c’est-à-dire, la lumière, l’espoir, le bonheur, le rayonnement du futur, l’avenir prometteur. Je cherche donc à représenter notre continent, avec l’éclat qu’il mérite, afin de faire comprendre aux nôtres comme au monde ; qu’en dépit de tout ce qu’on peut prétendre que nous sommes, nous savons et nous allons toujours briller de mille et une couleurs. Après, si vous faîtes attention, les couleurs qui reviennent souvent dans mon travail, sont des couleurs de détente. Donc par la même occasion, ceux qui plongent dans mes oeuvres, sont conviés à se débarasser de leurs lourdeurs intérieures pour se recharger pleinement de sérénité, et d’équilibre personnel.

Lionel Attere Présentant L'une De Ses Peintures Lors De Son Exposition Chez NSIA BENIN

© Photo by Gaëlle Gbaguidi – Lionel Attere Présentant L’une De Ses Peintures Lors De Son Exposition Chez NSIA BANK

ATILEB’ART : Dans l’une comme dans l’autre de tes pratiques artistiques, comment choisis-tu tes couleurs ?

LIONEL ATTERE : A l’instinct. Sans intellectualisation quelconque. Juste au feeling. Juste en fonction des ressentis de l’instant. Mais aussi en visualisant le résultat final dans la tête, pour appréhender l’harmonie que va réfléter les agencements de couleurs que je vais faire.

© Photo by Erick-Christian Ahounou – Body-Painting by Lionel Attere

© Photo by Erick-Christian Ahounou – Body-Painting by Lionel Attere

 ATILEB’ART : Récemment, tu as collaboré avec l’éminent photographe Erick-Christian Ahounou. Collaboration qui a abouti sur l’exposition « Nude Art & Body-Painting ». Comment sort-on de cet échange artistique ? Qu’y as-tu gagné personnellement ?

LIONEL ATTERE : J’en suis sorti gagnant sur le plan de l’organisation. Cela m’a appris qu’une exposition est bien plus laborieuse qu’on peut en avoir l’impression. J’ai aussi appris avec lui, en termes de rapport avec les modèles. C’est quelqu’un de très communicatif qui installe une certaine bonne humeur de travail, qui est nécessaire dans le travail à faire avec les modèles. En plus, cela m’a permis d’éveiller en moi, le sens de l’adaptation quand on a plusieurs corps à peindre, et à faire preuve de créativité constante sur le temps. Et puis, collaborer officiellement avec un professionnel de sa trempe, ça en rajoute à mon positionnement, et à ma valeur artistique dans le milieu. cette collaboration a donc vraiment été fructueuse pour moi.

 

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ATILEB’ART : A quand alors, le premier festival de body-painting au Bénin ?

LIONEL ATTERE : Oh ! Il s’agit là, d’un rêve dont je nourris secrètement l’envie de réalisation. Pour que ça se fasse, il faudrait un certain nombre de préalables : plus de body-painters formés et performants, du financement, et aussi du relationnel pour ouvrir l’idée à d’autres pays d’Afrique et du monde. Je ne saurais pas dire quand mais je compte bien concrétiser cette idée.

© Body Painting by Lionel Attere

© Body Painting by Lionel Attere

ATILEB’ART : On constate que certains de tes travaux, se veulent engagés pour des causes positives et bien définies. En quoi c’est important pour toi que tes œuvres revêtent une dimension d’engagement social et historique ?

LIONEL ATTERE : Pour moi un artiste doit pouvoir sensibiliser son alentour, et conduire la jeunesse vers de belles résolutions. C’est ce que j’essaie de faire à travers certaines oeuvres. Avec un brin de provocation s’il le faut, car j’ai conscience qu’à notre époque, le plus souvent, plus le message est rendu de manière frappante, plus il marque, plus il impacte. Et de la même manière, en tant qu’artiste africain, je pense que mon engagement consiste aussi à savoir maintenir mon identité culturelle dans ce que je fais, en valorisant ainsi notre héritage, notre culture et les icônes historiques de nos nations. C’est important à mes yeux !

« J’ai conscience qu’à notre époque, (…) plus le message est rendu de manière frappante, plus il marque, plus il impacte (…) »

© Photo by Cécile Quenum - Modèle : Lionel Attere

© Photo by Cécile Quenum – Modèle : Lionel Attere

ATILEB’ART : Finissons avec la dernière facette de toi, qui suscite aussi beaucoup d’intérêt en raison de tes choix de mise en avant en la matière et de ta stature. Quelle sensation trouves-tu dans ta personnalité de modèle photos que tu n’as pas dans ta personnalité d’artiste d’arts visuels ou qui la complète ?

LIONEL ATTERE : Dans l’art visuel, les oeuves de l’artiste sont plus en vue que l’artiste lui-même, or en tant que modèle photo, c’est moi-même qui suis mis en valeur. C’est donc cette sensation de mise en lumière, qui m’intéresse. Car c’est forcément différent quand tu sors de l’ombre des autres, pour te mettre sous les projecteurs. C’est quelque chose que j’assume : être connu autant que mes oeuvres peuvent l’être. Cela participe à ma visibilité, à mon branding, et à ma diversification. Et c’est justement ce que je recherche.