Ibeji d’Erick-Christian Ahounou et Gaëlle Gbaguidi : la web-série photo qui revalorise la gémellité

Avec leur série commune « Ibeji », les photographes Erick-Christian Ahounou et Gaëlle Gbaguidi veulent immortaliser les ressemblances, les particularités, les liens, et les différences des jumeaux béninois et/ou africains. Pleines de sensibilité, de promiscuité, de fusion, les photos de cette série sont publiées au rythme des jours sur les réseaux sociaux des deux artistes. De quoi retourne Ibeji ?

Ibeji : Deux photographes, deux perspectives complémentaires

Photographiés en studio à Cotonou, les jumeaux que les deux artistes ont mis sous leur viseur, sont avant tout hétéroclites. Ainsi, Erick-Christian Ahounou et Gaëlle Gbaguidi nous mettent au contact autant de jumeaux fraternels que de jumeaux identiques jusqu’aux jumeaux semi-identiques. Qu’ils soient  de « vrais » jumeaux ou de « faux » jumeaux, les deux photographes, créent un dialogue identique et authentique entre eux. Comme pour certifier que leur lien est plus important que le profil de jumeaux qu’ils endossent.

Giodhan & Giordhy's

Giodhan & Giordhy’s/Ibeji

L’ ‘occasion de (re) découvrir des personnes, des personnalités, des univers singuliers parsemés de fragments de l’un chez l’autre, baignés d’un bonheur partagé et traversés de particularités à la fois accessibles mais insaisissables, imperceptibles et pourtant sous les yeux.

De fait, une sympathie rêveuse s’installe quand on plonge dans ces images qui dénotent du respect affiché, de la déférence assumée, et de l’attention accordée par les artistes à leurs modèles.

C’est dire à quel point, à travers ce travail sur les jumeaux, ce qui compte pour Erick-Christian Ahounou et Gaëlle Gbaguidi, c’est de mettre en avant aussi bien leur ressemblance que leur différence. Traduire leur complémentarité légendaire sous le prisme de leur personnalité singulière. Tenter de saisir les nuances de leurs multiples facettes. Rapprocher leurs similarités. Confronter leurs analogies. Restituer leur attachement dans ce qu’il a de plus précieux, de plus attentionné, de plus complice, de plus instinctif, de plus affectif, de plus sincère, de plus naturel.

Alors, Erick-Christian Ahounou, et Gaëlle Gbaguidi utilisent le portrait pour interroger avec sobriété, la beauté relationnelle de la gémellité. Qu’ils subvertissent en mettant en scène les visages, les corps, les émotions, les postures et plusieurs schémas de lumière. Leurs expérimentations, tant sur le plan narratif que formel, semblent se reposer sur les possibilités suggérées par les regards, les physiques et les rapports entre les différents jumeaux. Afin, semble-t-il, de donner libre cours à leurs imaginaires affables et avisés.

En définitive, c’est loin de la dimension spirituelle et liée aux traditions culturelles ou cultuelles béninoises, que le travail des deux photographes, cherche à montrer comment les jumeaux sont, se perçoivent, se mettent en valeur, dans un contexte de modernité.

En dehors donc, de la sacralisation qui revêt leur existence, et des mythes qui entourent leur naissance ou leur puissance anthropomorphique ; Ibeji permet de faire des jumeaux (jumelles) le symbole par excellence, de l’amour communicatif à l’africaine.  

D’Erick-Christian Ahounou à Gaëlle Gbaguidi : la transmission de mentor à apprenante

L’autre spécificité d’« Ibeji », réside dans le rapport qu’entretiennent les deux photographes qui collaborent sur cette série. En effet, depuis plus d’un an, Erick-Christian Ahounou, coache Gaëlle Gbaguidi. Riche de plus d’une vingtaine d’années d’expérience, il partage ses acquis. Précisément, pour préparer son apprenante au métier de photographe.

Cette démarche montre la volonté de transmission d’Erick-Christian Ahounou. Dans un Bénin photographique, où le nombre de femmes n’est pas prolifique. En même temps que, cela témoigne de la lucidité de Gaëlle Gbaguidi. Car cela prouve, qu’elle sait aller et accepter apprendre. Notamment auprès d’un devancier connu pour être intransigeant, exigeant et d’une franchise ferme.

Ainsi, la série « Ibeji », sonne comme un travail de restitution de cette connexion à mi-parcours d’apprentissage. Ce qui offre à cette série une double perspective qui interpelle par la diversité des prises, captivante et touchante.

Le sujet est le même, mais les angles d’approche ne sont pas (forcément) pareils. Le traitement comme le rendu des photos aussi, ne transcrivent pas les mêmes techniques (même si elles se rejoignent parfois).

Les Twins Dossou-Yovo

Les Twins Dossou-Yovo/Ibeji

Il y a là, comme une démarche du mentor, d’apprentissage par l’exemple de la pratique. Mais aussi par le refus de conservatisme. Et donc par la volonté de laisser l’apprenante expérimenter, explorer. Laisser l’apprenante, partir des bases fondamentales acquises et assimilées, pour se construire sa propre touche. Pour se construire sa propre personnalité, sa propre identité visuelle.

Rien qui aille dans le sens de la claustration. Mais plutôt, tout de participatif, tout de ce qui se rapporte à la liberté créative. Tant que la qualité du travail est bel et bien respectée.

De quoi suggérer qu’Erick-Christian Ahounou, et Gaëlle Gbaguidi sont le temps de la série « Ibeji », de vrais confrères faux jumeaux artistes interdépendants.