Les graffeuses pionnières du Bénin intronisées à Lobozounkpa

Entre transmission et initiation, l’association « Assart » (Sena Street Art, ndlr) œuvre pour la naissance d’une première génération de graffeuses au Bénin. En collaboration avec Le Centre (espace artistique pluridisciplinaire, ndlr), les acteurs de ce projet ambitieux, ont réussi à tenir le pari de leur engagement. En effet, de jeunes filles (adolescentes comme adultes, ndlr) ont suivi du 19 juin au 27 juillet 2019, au sein de l’espace culturel sis à Lobozounkpa, un atelier d’initiation au graffiti, au dessin et à la peinture. Cet atelier a ainsi permis aux participantes de mieux découvrir l’univers de cette discipline et de s’aguerrir pour être les pionnières du genre.

De l’ambition de former de jeunes graffeuses

« Eveiller et révéler le talent créatif qui sommeille en elles, puis, les amener à représenter les femmes dans le milieu de l’art et plus particulièrement du graffiti » : c’est le but visé par l’association Assart en organisant un atelier d’initiation des jeunes filles au graffiti, au dessin et à la peinture. A en croire le vice-président de l’association, Romario Koffi Agbo alias Dr Mario, c’est une initiative qui vient à point nommé. Car les jeunes futures graffeuses ont manifesté un réel engouement par rapport à la formation.

Ainsi, durant six semaines, une cinquantaine de filles ont été formées gratuitement sur les notions de base en graffiti, dessin et peinture. Partant de l’historique du graffiti, les participantes ont d’abord eu droit à des cours théoriques, notamment sur les mots clés de cette discipline artistique. S’en est suivie, la phase pratique au cours de laquelle, les notions de quadrillage, de lettrages, de contours, d’ombre, de lumière, de représentation de personnage, etc., leur ont été enseignées.

Dessin d'une des participantes lors de la formation

Dessin d’une des participantes lors de la formation – Source : Assart

De sorte qu’à trois semaines de formation, elles pouvaient déjà, toucher à la bombe (peinture aérosol, ndlr). C’est ainsi qu’elles signent leur premier graff en griffant le mot « AMAZONES » sur le mur de l’espace scénique de l’espace Le Centre (où la formation s’est déroulée).

Amazones : Un premier contact explosif avec la bombe

Quoi de plus expressif pour désigner ces jeunes futures graffeuses qui ont montré un réel engouement à l’inscription et une grande motivation durant cet atelier ? A cette étape de la formation, les participantes ont appris à détecter la couleur d’une bombe ainsi que ses différentes composantes. Elles ont également appris à tenir la bombe et à maitriser la pression afin d’éviter qu’elle coule. Une étape qui a semblé être assez éprouvante mais qui n’a pas réussi à freiner le dévouement de ces « Amazones » qui ont tenu jusqu’au bout. Avant tout, dans le but de montrer que les femmes sont capables d’endurance malgré les contraintes. Mais aussi pour signifier leur capacité à faire preuve de créativité artistique là où personne ne les attend.

Dans ce sens-là, les semaines qui ont suivi, ont davantage été consacrées à plusieurs séances pratiques avec les futures graffeuses. Elles étaient destinées à créer des automatismes chez chacune des graffeuses. Plus encore, les formateurs souhaitaient, les pousser à s’affûter, et à s’affiner sur le plan technique, afin de mieux maîtriser l’utilisation de la bombe.

Yes She Can ! : L’oeuvre de l’aboutissement

Les 26 et 27 juillet 2019, les participantes ont procédé à la restitution de leur formation. Cette étape s’est déroulée à travers une performance live. Sur un pan de mur de la clôture du Centre, les graffeuses Amazones ont laissé leur empreinte. A travers un aphorisme ajusté à leur expérience. Un « Yes She Can ! », exprimant leur détermination implacable et leur motivation insatiable.

L'oeuvre des participantes à l'issue de la formation

L’oeuvre des participantes à l’issue de la formation/Photo prise par Imagine Benin

Oui ! Chacune a pu se surpasser. Au point d’apporter sa touche à l’oeuvre collective qu’elles ont réalisées.

« Yes She Can ! » ou « Oui Elle Peut ! » : En griffant au mur ce message, les jeunes graffeuses sont donc parvenues à dire leur fougue. Elles en ont profité pour témoigner du niveau qu’elles ont cumulé durant leur apprentissage. Elles sont donc désormais mieux outillées pour travailler à devenir des graffeuses professionnelles.

Lire aussi : Le Vootoon Festival ou Comment Réinventer Le Troisième Art Béninois

A ce ” cri de guerre “, a été ajouté le portrait de deux femmes considérées par les nouvelles graffeuses, comme modèles. C’est-à-dire, des amazones, des battantes, inspirantes, motivantes, et accomplies. Par souci d’adaptation au contexte, l’une, dont le portait a été réalisé à la main, tient une bombe. Par contre, le portait de l’autre (actrice de la série Black Panther, ndlr) a été réalisé avec la technique du pochoir. Une diversité de techniques qui prouve qu’elles sont aguerries pour développer leur savoir-faire. De sorte à l’exprimer sous plusieurs angles, et à travers plusieurs styles.

Oeuvre des graffeuses - Photo by Imagine Benin

Photo by Imagine Benin

Enfin, il convient de mentionner le tague qui fait office de signature pour ces jeunes graffeuses motivées : « AMAZONE 1.0 ». Un choix fait, en raison de leur participation en tant que première promotion de cet atelier.

L’après formation pour les jeunes graffeuses

Ce qui ravi les initiateurs, qui se disent satisfaits du travail des participantes. Pour peu qu’elles ont été curieuses, et persévérantes. Assez motivant pour qu’ils prévoient déjà un prolongement du projet. Autrement dit, un stage de six mois destiné à servir de suivi d’après formation. Il permettra également d’accompagner dans leur éclosion celles qui se sont démarquées.

En espérant à présent, qu’avec le labeur, elles puissent progresser pour être capables de représenter le Benin à l’extérieur.