Art Contemporain Africain : Tendances et perspectives 2019

 C’est devenu la coutume depuis 2002. L’agence de presse ArtPrice (Leader mondial de l’information sur le marché de l’art, ndlr), vient de publier son rapport annuel sur le marché de l’art. Un rapport basé essentiellement sur les ventes publiques réalisées aux enchères dans les quatre (4) coins du monde. Ce qui représente à ce jour, une source d’information fiable et non spéculative sur les activités des artistes africains. De fait, nous avons essayés, d’en tirer les grandes tendances et perspectives ; afin de vous les révéler.

Vers une consolidation du marché

Il aura fallu plus de vingt (20) ans pour que les œuvres d’artistes contemporains africains, trouvent écho dans les habitudes d’achats des collectionneurs. Ainsi, nous vivons sans doute actuellement, l’une des périodes les plus reluisantes pour l’art contemporain africain. C’est donc, une nouvelle ère pour la création africaine, qui n’a jamais été autant visible.

L’une des preuves les plus palpables, c’est la flambée des prix après la vente collective d’oeuvres issues de la collection de Jean Pigozzi. Cette vente exceptionnelle, impliquant 62 artistes, de16 pays d’Afrique a été proposée par Sotheby’s (multinationale américaine d’origine britannique de vente aux enchères, ndlr). Permettant de fait, le positionnement de l’art contemporain africain.

Alors qu’il y a plusieurs décennies, les oeuvres d’artistes africains, paraissaient sans grand intérêt, aujourd’hui, c’est l’explosion. Autant pour les produits de Sotheby’s, que pour les prix sur le marché. Autrement dit, les prix ont quasiment été décuplés. Un résultat qui illustre bien l’intérêt de plus en plus croissant, pour cet art longtemps resté à la traîne.

De plus, il semblerait qu’en la matière, la donne a davantage changé, il y a seulement deux (2) ans. C’est-à-dire, à l’occasion où Sotheby’s a inauguré un département d’art moderne et contemporain africain. Notamment parce que grâce à ses différentes sessions, l’entreprise a enregistré, plus de soixante (60) records de vente aux enchères pour le compte d’artistes africains. Il s’agit par exemple du ghanéen El Anatsui qui est entre autres, le premier artiste africain a avoir remporté un Lion d’Or à la Biennale de Venise ; après le célèbre photographe malien Malick SIDIBE.

Même s’il serait inapproprié de présenter cet engouement comme étant une nouveauté absolue, il faut dire que la vitalité marchande de l’art contemporain d’Afrique va désormais bien au-delà des prévisions. Et ces performances semblent bien être, la conséquence de la place de choix faite à l’Afrique dans les récentes foires d’art contemporain ces dernières années. Mais aussi, de la naissance des foires et rencontres dédiées à la création africain à l’international comme sur le continent africain. Du 1:54 (Londres, Marrakech, et New York), qui, s’articule à la Frieze Art Fair ; au Also Known As Africa (AKAA, foire d’art contemporain et de design centrée sur l’Afrique, ndlr) à Paris ; en passant par la BIENNALE D’ART CONTEMPORAIN DE LAGOS ou par ART X Lagos au Nigéria ; sans oublier la FNB Art Joburg en Afrique du Sud ; etc. L’art africain n’a jamais autant été exposée.

Le Ghana en grande pompe à Venise

La Biennale de Venise, qui déroule sa 58ème édition cette année, est l’une des plus grandes rencontres du marché mondial. Et dans ce cadre, 07 pays du continent africain sont représentés en 2019. Le Ghana a eu droit à un pavillon qui lui a été exclusivement dédié. Avec notamment des artistes comme Ibrahim Mahama, Felicia Abbas, Lynette Yiadom-Boakye (sensation du moment, ndlr), John Akomfrah et Selasi Awusi Sosu. Tous étaient mis en valeur aux cotés de leur célèbre aîné El Anatsui. Un lobbying stratégique qui témoigne de la volonté du pays, d’occuper une meilleure position dans le marché, afin d’accroître les prix, l’image, et les autres caractéristiques propres à l’art contemporain venu du Ghana.

D’autant plus que, la Biennale de Venise agit comme catalyseur. Car elle influence le comportement des collectionneurs et autres consommateurs, en impulsant le rayonnement des artistes. Mieux : elle contribue à dessiner les tendances futures du marché.

Or l’art contemporain africain n’ayant jamais été suffisamment (massivement surtout) bien représenté à ce rendez-vous international ; ce focus fait en faveur du Ghana, permettra certainement, de lui donner une place qui va booster d’ici là ses talents et ses ventes.

Les nouvelles stars du marché de l’art africain

Le moins qu’on puisse dire, c’est que le Congo a le vent en poupe dans le marché contemporain de l’art. En témoignent : des expositions à succès en passant par l’acquisition des musées ou collectionneurs, jusqu’à la croissance des prix des oeuvres issues du pays de la Rumba.

Justement, l’actuel artiste africain le plus en vue aux enchères est clairement le congolais Chéri SAMBA. Son nom revient cinq (5) fois dans le Top 10 des ventes publiques. Notamment, avec deux adjudications dépassant les 100.000$. Une sacrée belle performance pour l’artiste, qui fit son entrée aux enchères, il y a une trentaine d’année.

Il lui aura donc fallu trente (30) ans pour arriver à garantir une aura unique à sa création artistique. Avec des cas de reventes fructueuses à 369 % en moins de 20 ans (pour ses œuvres issues de la vente Pigozzi)

Chéri Samba – L’attachement aux racines (2010) Acrylique et paillettes sur toile, 135 x 200 cm © Chéri Samba 116.500$, Piasa, Paris, 15/05/2019

Chéri Samba – L’attachement aux racines (2010), Acrylique et paillettes sur toile, 135 x 200 cm
© Chéri Samba 116.500$, Piasa, Paris, 15/05/2019

L’autre talent qui suscite l’intérêt s’appelle Chéri CHERIN. Un autre Congolais dont les récentes performances aux enchères tendent à confirmer la hausse de la valeur de l’art contemporain congolais et donc africain. En ce qui concerne Chéri CHERIN par exemple, il faut préciser que ses œuvres s’arrachent en moyenne à cinq (5) fois plus que le prix annoncé.

Des chiffres exceptionnels

Ce que révèlent les bilans de vente, au fil des années, c’est que, qu’il s’agisse d’art afro-américain ou d’art contemporain issu du continent, l’art dit africain ne s’est jamais autant bien porté. Au-delà donc des espérances, les records se succèdent et les produits de vente continuent de tutoyer des sommets. D’ailleurs, voici un bref aperçu des chiffres !

  • Le résultat cumulé de Paris et de Londres passe de 7,6m$ entre 2014 et 2016 à 27,9m$ entre 2017 et 2019. C’est dire que, le produit des ventes d’art africain moderne et contemporain est presque multiplié par quatre.

 

  • D’après Piasa le résultat des ventes en 2019, est littéralement en hausse. Car cela équivaut à une réévaluation de 260% par rapport aux chiffres de novembre 2016.

 

  • Le marché est beaucoup plus dynamique à Londres. Ainsi, plus de 30.000.000$ enregistré à Londres pour ce qui concerne les produits de vente d’art africain.

Art Africain : Les collectionneurs en raffolent

tandances Londres _ Artprice

En se basant sur les observations faites à Londres et à Paris, les experts sont d’accord sur un point : quand il s’agit d’art africain, les collectionneurs seraient prêts à en payer plus. Une concurrence tenace croît dans ce sens.

Mais plus encore, il semblerait que le futur eldorado pour l’art africain, serait les Etats-Unis. Là-bas les collectionneurs seraient en pleine effervescence vis-à-vis de l’art africain. Le prochain endroit où l’art africain devrait exploser sera certainement donc les Etats-Unis. D’ailleurs, tous les indicateurs tendent à confirmer cela.

Entre le Bohams qui exporte ses ventes d’arts africains aux USA et le MoMA à New York qui reçoit un don de 45 œuvres d’Afrique de l’Ouest de la part de Jean Pigozzi ; il faut dire l’art africain a de très beaux jours devant lui au pays de l’oncle Sam.

A préciser que, parmi les œuvres qui seront exposées au MoMA, on retrouvera Frédéric Bruly Bouabré, Moké, Chéri Samba ou encore le béninois Romuald Hazoumé qui feront leur entrée dans la collection permanente du prestigieux musée.

Romuald Hazoumé,Ear Splitting, 1999. Courtesy CAAC - The Pigozzi Collection, Geneva © Romuald Hazoumé

Romuald Hazoumé, Ear Splitting, 1999. Courtesy CAAC – The Pigozzi Collection, Geneva © Romuald Hazoumé

Toutefois, malgré toute cette effervescence aux quatre coins du globe, le marché français reste une référence. Car, il sert de tremplin pour les poids plumes. Autrement dit les jeunes artistes émergents du continent africain.

Dans ce sens, de nombreux records personnels, ont été enregistrés par plusieurs talents émergents, depuis mai 2018. On peut citer entre autres, l’Angolais Cristiano MANGOVO (près de 37.000$), les Ougandais Ian MWESIGA (53.000$) et Joseph NTENSIBE (43.700$), le Centrafricain Dieudonne Sanna WAMBETI (22.000$), l’ivoirien Aboudia Abdoulaye DIARRASSOUBA (78.600$).

Et ce n’est pas tout : les œuvres de plusieurs artistes, dont YÉANZI et ANJEL, sont parties largement au décuple de leurs estimations de départ, dès leur première apparition en salle des ventes. Un réel carton, qui promet de continuer. C’est dire à quel point, les collectionneurs, raffolent de l’art africain, et qu’ils vont continuer à propulser celui-ci, là où jusqu’ici personne ne l’avait imaginé. De quoi rendre optimiste toute l’industrie made in Africa !

Aboudia Abdoulaye Diarrassouba – Carnet de voyage (2011/12) Dessins (36), 15 x 15 cm (chacun) © Aboudia Abdoulaye Diarrassouba 78.650$, Piasa, Paris, 15/05/20

Aboudia Abdoulaye Diarrassouba – Carnet de voyage (2011/12)
Dessins (36), 15 x 15 cm (chacun)
© Aboudia Abdoulaye Diarrassouba
78.650$, Piasa, Paris, 15/05/20

Webographie : 
Le Rapport de le marché de l’Art Contemporain 2019, 
ArtPrice [consulté le 02 Novembre 2019].
Disponible sur : https://fr.artprice.com/artprice-reports/le-marche-de-lart-contemporain-2019